Romans

« Plantin ou l’extravagante entreprise de la Bible polyglotte »

« Sans intention de nuire »

Extrait

« Je n’aime pas la sensation d’urgence. Ni la surprise. Ce sont des états qui apostrophent et me déséquilibrent. J’ai connu la seule sensation stabilisante, violente et rare : l’allégresse. Je l’ai perdue. Dans ce cas, ce n’est pas la peine de vouloir me faire revivre mes souvenirs. J’essaye de faire émerger mon mari, mon fils, et c’est Roland qui surgit. »

Lorsque Mme Lepire, dans sa maison de retraite, apprend que l’enquête concernant un certain M. Roland Dilou, mort dans d’obscures circonstances cinquante ans auparavant, a été rouverte, c’est un choc.

« La Ville Admise »

4 éme de couverture

Et puis, un jour, on ferma les frontières. Ce fut le début de la Ville Admise, et chacun fut déplacé vers son lieu d’origine. Les transports coûtaient de l’énergie et suscitaient des comparaisons jalouses, les cultures différentes entraînaient guerres et désirs d’exploitation.
La fermeture des frontières alla de pair avec l’interdiction des voyages, et l’impératif d’autonomie totale.

Extrait :

« Eve vit seule et sa solitude ne gêne personne. Elle intègre, le soir, son appartement

qu’elle trouve agréable. L’appartement voit s’écouler des soirées plaisantes, parfois
insoutenables comme tout ce qui est uniquement agréable. Alors, Eve appelle
«Contacts-en-un-click», se commande un mec, un mec aimable et agréable.
Elle a eu, comme d’autres, sa passion amoureuse, dont elle est sortie par contrainte
mais dont elle a su se contenter. Temps d’avant.
Elle partait au Brésil découvrir les chutes d’Iguaçu et la bouleversante Amazonie,
lorsque les voyages signifiaient encore Déplacement Découverte Dépense. Huit jours
avant l’envol, elle était tombée nez à nez et en ivresse immédiate avec un homme
fantasque et non policé dont le corps charnu lui évoquait un dauphin, le verbe haut
une cascade d’abondance. Mais, autant le corps se livrait lisse et accueillant, autant la
voix dardait en vrac rébellions, coups de griffe ou diatribes, avec une verve
inépuisable et éloquente. Plaisir de tester ses idées, de trouver un fil conducteur dans
l’imbroglio des croyances, de vérifier à qui et comment se fier. Tel était Lucas.
Les pores de leur peau respirèrent en rythme, leur joie vrillée au sexe ne fut pas
épuisée par les sept jours de veille avant le départ. Certaine d’avoir vécu en une
semaine la joie condensée de sa vie entière, de garder ce souvenir intact sans
prolongation, Eve partit au Brésil, happée par les araucarias géants et les forêts vert
glauque. Lui, qui était gardien de phare, s’en fut vers la clémence grecque. Au retour,
alarmés par des signes de leurs corps nécessiteux et l’indigence de leurs vies
solitaires, ils écoutèrent ce qu’ils avaient de précieux et se retrouvèrent ensemble chez
elle, créant ensuite cinq ans d’empreintes opaques, profondes, résistantes. Il avait un
beau regard sur elle, elle s’embrasait en l’effleurant.
Et puis, un jour, on ferma les frontières. Ce fut le début de la Ville Admise, et chacun
fut déplacé vers son lieu d’origine. Les transports coûtaient de l’énergie et suscitaient
des comparaisons jalouses, les cultures différentes entraînaient guerres et désirs
d’exploitation. La fermeture des frontières alla de pair avec l’interdiction des
voyages, et l’impératif d’autonomie totale.
Aucun pope n’avait béni leur union et seul un monastère isolé d’une île quasi-déserte
avait assisté à leur engagement dans un kilim de fleurs sauvages. Aucun papier
n’autorisait la vie commune.
Lucas fut prié de rentrer dans sa terre natale. Il retrouva son phare, et Eve sa
sidération. Le vide envahit sa vie comme les nuages anthracite recouvraient à toute
allure dans les films les paysages sinistrés. Elle mangeait par hasard, se déplaçait
lourdement. Son état d’inanition se trouait au début de quelques survivances.
Rarement, un début de film se déroulait avec une précision délirante : elle buvait la
sueur perlée de sa chair tiède après l’amour, humait l’air qui les unissait, appelait
l’higoumène pour qu’il vienne consacrer leur entente au bord du puits profond.
Une nuit, elle fit un rêve : une voiture l’amenait au sommet d’une route, un paysage à
la fois somptueux et bienveillant se déroulait devant elle, une campagne infinie et des
arbres lumineux sous les pourpres de l’automne. Au loin, une promesse d’église, une
cathédrale se dressant dans la brume. Le paysage sitôt aperçu devenait inaccessible,
car la voiture reculait, à la même allure que si elle eût avancé, et un conducteur
impassible refusait d’obéir à sa voix qui criait «freine, mais freine donc !»La terre
promise lui était interdite.
Puis, un printemps, elle déroba une odeur, d’herbe humide prête à pourrir mais encore
vivace, qui lui rappela les forêts du Mato Grosso. Sa mémoire s’engagea sur les traces
de bourgeons fragiles qui ne demandaient qu’à grossir, elle vécut.
Et s’intégra dans la Ville Admise.
Eve se reprocha ses souvenirs inutiles, elle ne reverrait jamais Lucas.
La salle de réunion était vide lorsqu’elle arriva, essoufflée par la course, les yeux
mouillés de flocons.
Elle rentra chez elle, activa la fermeture magnétique qui la barricadait jusqu’au
lendemain. Tracer-protéger, disait la gouvernance. Elle avala un nutrisnif rapide
devant sa fenêtre sans rideaux. Les flocons s’accumulaient à l’heure prévue dans la
rue blanche. »

« Le Kazakh des Cévennes »

4 ème de couverture

Nous sommes en 2027 dans le Vivarais cévenol. Après l’interdiction de l’exploitation du gaz de schiste, le champ de puits de Villefort a été transformé en parc forain’; ce dernier, bientôt alimenté par l’hydrogène naturel issu du sol terrestre, est un modèle de recyclage industriel écologique. Mais un kazakhe y meurt brutalement dans des conditions étranges. Maxime et Zolya aidés du commissaire Sarment enquêtent sur les raisons de sa présence en Lozère. Son décès est-il en relation avec la lutte pour le pouvoir énergétique entre l’Asie Centrale et la Chine sur le sol européen’? Cet affrontement utilise l’ambition forcenée d’une directrice de maison de retraite, les rêves prométhéens de la bio-ingénierie, et l’utopie humaniste d’un chercheur aux prises avec les firmes distributrices d’énergie.

Illustration : Grégoire Mazars

Extrait :

Deux semaines plus tôt

« -Un Bloody Mary!

-Pour moi un thé au jasmin.

Les deux hommes étaient manifestement des habitués du Shangaïana, palace dernier-né du Paris branché de ces années d’austérité. Dans ces repaires feutrés se croisaient capitaines des nouvelles industries, experts en nano technologies, décideurs de géopolitique et vedettes d’un show-biz toujours florissant. Espions, aussi, guettés par des services de renseignement friands. Les mains se serraient dans ces lieux d’influence, mais chacun se gardait bien de demander ce qu’y faisait son voisin de table. Ou de salon, et les deux hommes se sentaient à l’abri dans leur fauteuil de velours crème.

-Notre Président vous félicite de votre essor. Votre rôle croissant dans l’organisation énergétique de la Caspienne, votre implantation en Occident, font l’admiration de notre gouvernement.

Le petit homme s’exprimait d’une voix égale, sans intonation ni modulation, dans un anglais sans accent. Il était peut-être métis. Chinois par sa mère, anglais par son père, ou l’inverse.

-Il pense exactement le contraire, se dit son interlocuteur, un géant aux traits asiatiques, lui aussi. Mais le premier avait le maintien aussi bridé que les yeux. Le second débordait d’un trop plein de graisse et d’animalité.

-Vous êtes trop aimable avec notre petit pays, mon cher hôte. Nous ne sommes qu’un nouveau-né vagissant à l’ombre de votre continent.

-Ce nouveau-né a de la tenue, et le rôle du grand frère – vous permettez que j’utilise moi aussi une métaphore familiale – est de se tenir à ses côtés.

« Au diable ces entrées en matière hypocrites », ronchonna le gros homme toujours souriant. Je vais imposer d’autres manières, on verra s’il s’offusque.

-Cher ami, quel est le motif si urgent de notre rencontre ici ? Un Chinois et un Kazakhe dans un palace parisien, c’est un événement fréquent, mais jamais anodin…

Un top model scandinave qui se levait d’un fauteuil proche, lui fit tourner les yeux, ce qui mit son vis-à-vis en colère, mais celle-ci fut bridée à son tour.

-Notre coopération bat de l’aile, Monsieur Ulmaty, depuis la mise en route de Caspagol. Votre installation pétrolière sur la Caspienne est un gouffre financier, un désastre écologique et une suite d’ennuis techniques. Les banques vont vous lâcher un jour ou l’autre…Sauf si vous faites une augmentation de capital, et nous sommes prêts. Vous savez comme moi que seuls les chinois peuvent vous suivre. Vos prévisions de croissance ont chuté de façon dramatique depuis la baisse du cours du baril. La situation politique russe ne vous est pas favorable. Nous sommes tout prêts à vous aider.

-Votre sollicitude m’émeut. Surtout depuis que les volontés indépendantistes de vos Ouighours s’accentuent et sont soutenues par la Russie… Mais je ne vois pas en quoi une participation dans notre groupe vous aiderait. Vous avez déjà une part confortable chez nos concurrents de Tangri? Cet avantage ne vous suffit pas ?

-Cher ami, comprenez : notre intérêt commun est d’écouler les réserves de pétrole comme de gaz avant la mise en route des nouvelles sources d’énergie…

Il attendit une interruption qui ne vint pas. Le chinois préférait laisser son interlocuteur aborder la notion de l’hydrogène naturel. Celui ci, avec sa découverte récente sur l’ensemble des continents, sa production lente mais inépuisable, son absence totale d’effet polluant, avait enthousiasmé les masses et catastrophé les pays producteurs d’énergies fossiles classiques.

-L’hydrogène…

-Nul ne sait pour l’instant le récupérer à grande échelle, et encore moins le stocker.

-MagH semble y être parvenu ? Vos espions ont bien dû glaner quelques informations sur eux ?

-La petite entreprise française MagH bluffe. Elle est encore au stade des balbutiements, ça nous laisse un peu de temps. Et de rendement, à vous comme à nous.

La partie était égale. Chacun savait les capacités réelles de l’autre : le kazakhe venait en France officiellement pour acheter une importante société montpelliéraine. Cette société semblait disparate, mais propriétaire de deux compagnies dans le secteur des énergies classiques. Cela permettrait de gagner de nouveaux marchés. Certes, l’hydrogène, cette énergie propre exemplaire, avait été décelé dans son pays. Depuis qu’on le cherchait, on le trouvait, et sur tous les continents. Mais il n’était pas question d’abandonner les coûteuses installations pétrolières qui partaient de la Caspienne. Ni l’exploitation des importantes réserves de gaz des steppes kazakhes. Il fallait trouver des marchés pour écouler les réserves d’énergies fossiles. Il y avait peut-être une autre raison, plus discrète, à sa présence, et le chinois voulait s’en assurer.

La Chine avait elle aussi de l’hydrogène, elle avait même les moyens de le récupérer et les avait utilisés. Mais, même si elle avait fini par adhérer aux chartes de dépollution, elle voulait garder la mainmise sur les marchés envahis par ses voisins centre asiatiques. Pour ces derniers, les énormes investissements dans les oléoducs, les forages off shore, la suprématie qui en découlait sur les autres pays, l’indépendance durement acquise vis à vis de la Russie, tout cela risquait, à cause de l’hydrogène, de s’avérer inutile. Et très cher sans plus aucun profit.

Ils avaient intérêt à coopérer, mais la stratégie du jeu de go énergétique imposait la prudence. La lenteur. Et le Kazakhe y était maître, malgré sa vitalité bondissante.

Ils poursuivirent leur entretien de manière aussi voilée et par sous entendus, sachant qu’aucun d’entre eux n’avait pouvoir de décision. Ils se rencontraient pour mesurer leurs chances, leur part de risque, pour humer l’atmosphère.

Ils se séparèrent au bout d’une heure. Le kazakhe chercha des yeux le top model repéré au début de l’entretien. Le chinois se dirigea sobrement vers le restaurant à la mode où un maître d’hôtel savait déjà ses goûts et son menu.

Après une nuit passée en compagnie du mannequin qui était en réalité une touriste italienne, le géant resté seul commanda un petit déjeuner et se mit au travail. Astangaz, l’importante compagnie pétrolière qu’il représentait, était entré en négociations exclusives avec la Société Maisons de Renaissance, ou de Réparation, il ne savait plus le terme en cours. Renaissance ou Réparation, c’était dans tous les cas la maison-mère de Didon. Et Didon, c’était l’acteur stratégique le plus important de la distribution énergétique dans le Sud de la France. Didon, c’était le vrai motif de sa visite dans le Vivarais cévenol. Il avait besoin de vérifier une fois de plus les chiffres, les différents acteurs et même l’histoire des Maisons. Plus il en savait, plus il serait à l’aise pour négocier. »

« L’été sans fin de Cévenn’Gaz »

4 ème de couverture

Les Cévennes schisteuses sont le refuge d’espèces protégées : des seniors à relooker à l’homme non connecté, espèce la plus menacée.

En l’an 2000, la Lozère est la région la moins peuplée du territoire français. Un quart de siècle plus tard, en 2025, elle est devenue la proie de promoteurs de santé avides, le lieu branché où l’on se refait une santé. C’est aussi l’endroit convoité par les chercheurs d’énergies nouvelles attirés par les poches de gaz. Mais l’homme a oublié qu’avant lui vivaient sur terre des animaux infiniment plus petits que lui. Ceux ci pourraient-ils reprendre leur suprématie ?

Zolya, ex-chercheuse en maladies génétiques dans une Maison de Renaissance, et Maxime, expert en énergies fossiles, chargé de mission dans le site de forage des gaz de schiste, afin de décider si l’exploitation va s’étendre aux Causses voisins, vont enquêter ensemble sur d’étranges phénomènes.. Sa tâche est bien plus délicate que prévu.

Extrait :

« Il n’attendait pas grand-chose de sa visite. Son contrat avec la société CevenGaz le

distinguait comme expert en déchets toxiques. La convention, signée deux mois plus tôt,
stipulait que ses évaluations d’impact sur l’environnement devraient être menées avec le
«maximum de transparence». Avec son cynisme habituel, Maxime s’était demandé,
alors qu’il somnolait dans le train, comment la transparence pouvait s’embarrasser de
degrés, et si la sienne pourrait se trouver modérément trouble. Mais le prix de cette
transparence était déjà investi en actions dans la société-mère, et il entendait se comporter
en fils intelligent.
A vrai dire, il ne connaissait rien de la région, une des plus désertes et des plus
verdoyantes de son pays. Une des plus riches en robes feuilletées qu’il découvrait au
petit matin. Il avait voulu se comporter en expert, et se faire une idée du site avant sa
visite officielle prévue le surlendemain. Aussi était-il arrivé incognito l’avant-veille.
Deux étoiles attribuées au restaurant local par un guide fameux avaient été un repère
gastronomique déterminant, bien qu’étranger aux puits de forage.
Il avait loué une chambre dans l’unique hôtel convenable, d’un confort suranné mais paisible.
Le soir de ce six novembre deux mille vingt cinq, gagné par la sérénité de la salle de
restaurant désuète, il s’assit à une table que lui désignait le patron, et fut conquis par le menu-
découverte, aussi éloigné de la cuisine moléculaire que lui de la culture des potirons. Il était à
peine assis, le chef étoilé reparti vers sa cuisine, qu’une détonation portée par la nuit parvint
dans la salle de restaurant. »

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